l’intelligence artificielle n’est pas un substitut à la pensée mais une
épreuve qui oblige à la rehausser.
On ne peut pas véritablement « penser avec » l’IA si l’on ne dispose pas soi-
même d’un socle solide : un corpus de références, une bibliothèque mentale de
concepts, d’auteurs et de faits. Sans cet appui, impossible de distinguer
l’erreur de l’exactitude, le plausible du vrai, l’intuition féconde de
l’anachronisme grossier.
Celui qui délègue son entendement à la machine en sera prisonnier et cela
pourrait lui être fatal : son destin sera celui de l’outil qu’il a choisi
d’imiter, efficace peut-être, mais sans profondeur, sans vie.
L’IA appelle donc moins à la paresse qu’à l’exigence : elle exige d’aiguiser
son esprit critique, d’élargir ses savoirs, de fortifier sa culture dans des
domaines où il y a peu de gains de productivité : la lecture lente, la
fréquentation des classiques, la confrontation patiente aux grandes œuvres,
la méditation silencieuse, l’expérience vécue. Dans un monde où, pour
reprendre Lyotard, « avoir du succès, c’est gagner du temps », quel cruel
destin que de devoir encore lire un livre jusqu’au bout…
L’IA est donc paradoxalement une alliée : non pas pour remplacer la pensée